Légendes urbaines et vérités sur l’assurance vie

 FINANCE


Légendes urbaines et vérités sur l'assurance vie

Dans le dernier infolettre de juin dernier, je mentionnais qu’en tant que planificateur financier, le volet de la planification successorale est un sujet qui est régulièrement abordé avec mes clients. En effet, cette question les préoccupe puisqu’ils soupçonnent un écart entre leur situation actuelle et celle qu’ils désirent. Bien souvent, cet écart est comblé par une solution d’assurance vie et une révision du testament et soulève de la résistance auprès de mes clients, dues à un manque de compréhension et de connaissance, mais aussi dues à des facteurs culturels qui redoutent encore aujourd’hui de parler d’enrichissement. Ces manifestations de résistances sont pour moi une belle occasion d’aider les individus à développer leurs réflexes de création de valeur avec de l’assurance.  

Ce texte me permettra de poursuivre la démystification de quelques-unes de ces déclarations en vous énonçant comment je les interprète généralement, et en y apportant mes corrections.  

« J’AI TRAVAILLÉ FORT, J’AI ACCUMULÉ DE L’ARGENT, ILS DEVRONT EN FAIRE AUTANT. »


Ce que j’interprète
De deux choses l’une, ou bien je suis en présence d’une personne centrée sur elle-même, ou bien il s’agit de quelqu’un qui craint la façon dont ce patrimoine successoral pourrait être utilisé, et qui ne connaît pas les mécanismes disponibles pour protéger les héritiers d’une utilisation abusive de ce patrimoine.

Les rectifications
Pour la personne centrée sur elle-même, je ne peux rien faire. Pour celui qui est mal informé des mécanismes disponibles, je l’inviterais, par exemple, à consulter un fiscaliste qui lui fera part des enjeux que contient la fiducie testamentaire. Elle a notamment pour objet de dicter les règles d’utilisation du capital successoral (et de ses fruits) laissé en héritage afin de remettre à chacun des bénéficiaires ce dont il a besoin, tout en prévoyant comment les choses devront se dérouler après le décès. J’ajouterais également que, s’il y a des enfants ou héritiers qui n’ont pas un comportement souhaité avec l’argent, il serait souhaitable de leur suggérer de consulter un coach financier qui contribuera à leur éducation financière en leur apprenant comment utiliser sainement leur capital, et pour les rallier à la politique familiale. Il existe, sur le marché, ce qu’on appelle des gestionnaires de Family Office (bureau de la vigie patrimoniale) qui aident les familles fortunées à bien intégrer la gestion financière familiale et à atteindre les objectifs personnels de chacun.

« JE FAIS PLUS D’ARGENT AVEC MES PLACEMENTS OU MON ACTIVITÉ PROFESSIONNELLE. »


Ce que j’interprète
Il y a de ces gens qui ont le don de tout transformer en or, mais quand même, il s’agit d’exceptions. Encore là, une mauvaise décision, ne serait-ce qu’une seule, peut tout faire basculer. Manifestement, la personne qui déclare faire plus d’argent n’est pas bien informée sur le principe du partage de risque que permettent l’assurance vie et le taux de rendement interne1.

Les rectifications
Si on fait le calcul des dépôts payés dans le temps en chiffres absolus, on ne passera jamais au travers du capital-décès. Pourquoi? Parce que le risque de décès est partagé entre ceux qui décèdent et… ceux qui ne décèdent pas. Heureusement, ces derniers sont beaucoup plus nombreux pour soutenir ce principe. Et ce partage de risque se matérialise par un dépôt. Dans ce dépôt, on tient compte de frais administratifs et du taux de déchéance du contrat (profitabilité future en cas d’annulation du contrat).  
Selon le taux de rendement interne1, un dépôt de 11 000 $ par an (l’investissement) permettant d’obtenir un capital-décès de 750 000 $ (le rendement) prendra plusieurs décennies avant de ne plus être rentable. Souvent, les personnes qui avancent cela sont des investisseurs dans l’immobilier. Lorsqu’ils me demandent pourquoi investir dans l’assurance quand ils peuvent « toucher » à leurs immeubles, je leur réponds que c’est par souci de diversification, et je leur demande pourquoi ils investissent dans l’immobilier s’ils n’habitent pas tous leurs immeubles d’investissement. Sans doute parce c’est rentable pour eux. Il en va de même avec l’assurance vie; elle n’est pas faite de briques, mais sera matérialisée le lendemain de votre décès et elle aidera à mettre en œuvre vos objectifs successoraux. L’ennui, c’est que ce n’est pas vous qui en profiterez.

1Le taux de rendement interne (TRI) représente le taux de rendement net sur le versement annuel des dépôts nécessaires pour obtenir le résultat de l’investissement, soit le capital-décès. Ainsi, si un homme de 50 ans est assuré pour 750 000 $,que le dépôt coûte 11 000 $ par an et qu’en plus la réclamation au décès a lieu dans 25 ans, il aurait fallu 7,5 % net (ou 14,5 % avant impôt de 48 %) pour avoir le même résultat à partir d’un placement traditionnel. Après 30 ans, 5,1 % net (ou 9,9 % brut), après 35 ans 3,6 % net (ou 7 % brut), après 40 ans 2,6 % net (ou 4,9 % brut).

« L’ACTION DE LA COMPAGNIE ABC VIE A FORTEMENT RECULÉ, ELLE EST DONC EN MAUVAISE POSITION. »


Ce que j’interprète
Il faut informer les gens sur la façon dont fonctionnent les réserves actuarielles, qui n’a rien à voir avec le capital d’une société d’assurance vie.  

Les rectifications
Les réserves actuarielles (en fiducie) ne font pas partie du capital d’un assureur. Ces réserves servent à indemniser les assurés et sont assujetties à des règles strictes de gestion financière et de prévisions actuarielles qui sont édictées par l’Inspecteur général des institutions financières (IGIF). Il s’agit d’un organisme de surveillance.

En résumé, ce qu’il faut établir ici, c’est qu’il y a une différence entre le niveau de rentabilité des opérations et la gestion des réserves actuarielles. Je me rappelle qu'à la suite de la débâcle boursière de 2008, un assureur majeur de l’échiquier nord-américain avait choisi de couper son dividende annuel de 50 % pour se concentrer sur le renflouement des réserves actuarielles de façon encore plus conservatrice qu’avant. L’action avait alors reculé de près de 70 %. Certains analystes prédisaient, à tort, que cet assureur était au bord du gouffre. Aujourd’hui, comme il l’a presque toujours été, cet assureur est le chef de file nord-américain dans son secteur, et il l’a démontré en 2008 en faisant prévaloir la sécurité financière qu’il a vendue à ses clients, et ce, au détriment du prix de son action. Il faut retenir que la sécurité financière d’un assureur et sa crédibilité sur le marché se reflètent dans la qualité de la gestion de ses réserves actuarielles (vision à très long terme), et non dans le prix de son action qui est basé sur des paramètres d’évaluation à plus court terme (généralement un an).
En conclusion, je rappelle qu’il faut prendre conscience que le jour de notre décès, notre patrimoine continuera à vivre et d’être géré parce qu’il est assujetti à toutes sortes d’embûches de taille, comme l’impôt. Je rencontre souvent ce fâcheux paradigme qui est celui de faire mourir son patrimoine en même temps soi. Cette façon d’entrevoir le futur de son patrimoine post-mortem va à l’encontre de ce qu’on cherche à faire toute notre vie, soit s’enrichir du mieux qu’on peut.

Enfin, au-delà de la rentabilité financière et fiscale que peut représenter l’assurance vie, il faut toujours connaître concrètement à quel besoin ce produit financier répondra et l’intégrer adéquatement à sa planification successorale. On dit toujours que derrière tout contrat d’assurance vie se cachent une ou des personnes aimées dont on veut le bien et le confort. Il peut s’agir également d’une œuvre de charité qui prend soin d’une cause qui nous est chère. La raison d’être de cette démarche justifiera donc son déboursé.


Luc Rodrigue, Pl. Fin.Conseiller en sécurité financière
Lafond Service Financier

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